Lualaba : Le Congo n’a pas besoin d’un ministre pleurnichard – Quand Louis Watum Kabamba découvre l’eau tiède

Dans le Lualaba, province stratégique du cuivre et du cobalt congolais, le constat posé par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a résonné comme un aveu tardif. Dans un communiqué consulté le lundi 05 janvier 2026, à l’issue d’une mission officielle de contrôle de conformité, le ministre affirme que « la quasi-totalité » des entités de traitement de la filière cupro-cobaltifère opèrent en situation d’irrégularité majeure, en violation du Code et du Règlement miniers.

L’information n’est pas anodine. Elle est lourde. Et surtout, elle interroge. Car ce que le ministre présente aujourd’hui comme une découverte administrative ressemble, pour de nombreux acteurs du secteur, à une réalité ancienne, largement documentée, connue des services techniques et vécue quotidiennement par les communautés riveraines.

La commission spéciale à l’origine de ce constat a été mise en place à la suite de l’Arrêté ministériel n°00964/CAB.MIN/MINES/01/2025 du 19 décembre 2025, qui a suspendu à titre conservatoire les activités minières et la commercialisation dans la filière cupro-cobaltifère. Selon le ministère, cette mission s’est déroulée dans le calme, avec l’accompagnement des autorités provinciales, de la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka Saini, des services de sécurité, des coopératives minières et de représentants de la société civile.

Les travaux ont porté sur la traçabilité des minerais, la conformité technique et administrative des unités de traitement, ainsi que le respect des normes légales en vigueur. Les conclusions préliminaires sont sans appel : un non-respect généralisé des exigences de traçabilité, des cahiers des charges et des obligations administratives encadrant le traitement des produits issus de l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt.

Autrement dit, ce que la loi congolaise impose depuis des années n’était, dans les faits, que partiellement — voire pas du tout — appliqué. Or, à en croire plusieurs observateurs du secteur, ces manquements ne sont ni accidentels ni marginaux. Ils traduisent une informalité structurelle, nourrie par des arrangements, des silences administratifs et une tolérance devenue système.

Le ministère justifie sa démarche par la nécessité d’assainir le secteur artisanal et de lutter contre la fraude minière, en conformité avec la feuille de route nationale et les exigences de l’OCDE en matière de chaînes d’approvisionnement responsables. Un argument recevable sur le papier. Mais qui soulève une question centrale : où étaient les mécanismes de contrôle pendant tout ce temps ?

Les services techniques de l’État, chargés du suivi, de l’inspection et de la régulation, existent. Ils sont financés par le budget public. Leurs agents sont déployés sur le terrain. Selon des sources locales dans cette province et des acteurs du secteur, certains bénéficient aussi, depuis des années, d’avantages informels qui neutralisent toute velléité de sanction. Si la « quasi-totalité » des entités est aujourd’hui en infraction, il devient difficile d’évacuer la question de la responsabilité institutionnelle.

Dans d’autres pays producteurs de ressources stratégiques, des violations comparables ont entraîné des réponses immédiates : suspension automatique des permis, gel des activités, saisines judiciaires, poursuites pénales. Ici, le ministère annonce une phase de notifications individuelles, des mesures d’accompagnement et des sanctions graduelles. Une « veille partielle et momentanée » est maintenue, le temps que les dossiers de conformité soient finalisés.

Parmi les cas pointés, celui de Luilu Resources retient l’attention. L’entreprise s’est présentée devant la commission sans produire les documents techniques et de traçabilité requis. Elle dispose de trois jours pour déposer un dossier complet à Lubumbashi, faute de quoi elle s’expose à des mesures proportionnelles à la gravité des infractions relevées. Là encore, le fait interroge : comment une entité de cette envergure a-t-elle pu opérer sans documents conformes, sans être inquiétée plus tôt ?

Au-delà des procédures, une réalité persiste, brutale : le Lualaba, cœur battant des minerais stratégiques du pays, demeure une province où les populations manquent de l’essentiel. Routes dégradées, hôpitaux insuffisants, accès limité à l’électricité, services sociaux déficients. Pendant que le cuivre et le cobalt quittent la province, souvent sans traçabilité claire, la richesse ne ruisselle pas. Elle s’évapore.

Le ministre affirme vouloir sécuriser la chaîne d’approvisionnement et restaurer la conformité. Mais pour de nombreux Congolais, l’enjeu dépasse la technique. Il touche à la crédibilité de l’État, à la justice sociale et à la dignité nationale. Le Congo n’a pas seulement besoin de diagnostics tardifs ou de communiqués bien rédigés. Il a besoin d’une autorité publique qui applique la loi quand elle est violée, et non lorsqu’elle devient impossible à ignorer.

À l’approche de la fin du second mandat, cette séquence apparaît comme un test politique autant qu’institutionnel. Le pays n’a pas besoin de responsables qui constatent, regrettent et temporisent. Il a besoin de décisions courageuses, de sanctions effectives et d’une rupture nette avec la culture de l’impunité. Car dans un secteur aussi stratégique que celui du cuivre et du cobalt, l’irrégularité généralisée n’est pas une simple défaillance administrative. C’est un signal d’alarme national.

Par kilalopress

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