Kongo Central : À Muanda, les ONG tirent la sonnette d’alarme face aux violations des droits humains et aux impacts de l’exploitation pétrolière

À Muanda, cité côtière du Kongo Central, la présence du pétrole ne se traduit pas par le développement promis, mais par une série de tensions sociales, environnementales et juridiques que dénoncent quatre organisations non gouvernementales.

À l’issue d’un atelier de quatre jours tenu à Matadi, ces ONG ont dressé un bilan alarmant de la situation dans le bassin pétrolier, pointant des violations des droits humains, une biodiversité menacée et une pauvreté persistante au sein des communautés locales. Leurs conclusions ont été rendues publiques ce lundi 22 décembre 2025 lors d’une conférence de presse.

Parmi les acteurs mobilisés, l’Initiative pour le Développement Local (IDEL), le Cadre d’acteurs et d’actions pour le développement durable (CAADD), Ressources naturelles et développement (RENAD asbl) et la Dynamique pour le droit, la démocratie et le développement durable (D5 asbl) ont concentré leur analyse sur trois dimensions principales. D’abord, le respect des droits humains, à la fois au niveau communautaire et institutionnel, apparaît largement compromis. Ensuite, la situation sociale de Muanda demeure préoccupante, avec une pauvreté endémique qui touche l’ensemble des ménages. Enfin, les écosystèmes côtiers subissent une pression croissante, directement liée aux activités pétrolières.

Selon Serges Ngimbi, coordonnateur national de l’IDEL, Germain Mbambi Mbadu, chargé des programmes à la D5, et Alphonse Khonde, secrétaire exécutif du CAADD, la manne financière générée par le pétrole tend à éclipser les besoins fondamentaux des populations. « Le Kongo Central a toutes les ressources pour se développer, même sans le pétrole », soulignent-ils. Dans cette perspective, les ONG entendent porter les revendications locales auprès des autorités, à travers un plaidoyer structuré et constant.

Les discussions engagées lors de l’atelier ont permis d’identifier de nouvelles actions à déployer dès 2026. Serges Ngimbi insiste sur l’urgence de mesures protectrices face aux futurs projets de forage : « Ces quatre jours de réflexion ont dégagé des initiatives concrètes pour le bien-être de nos communautés. À Muanda, la situation est grave. Il faut des décisions urgentes, car les nouveaux projets pétroliers continuent d’affecter directement les populations. »

Parallèlement, Germain Mbambi Mbadu a pointé un décalage manifeste entre les textes légaux et la réalité sur le terrain. D’après ses analyses, un « dualisme juridique » avantage les entreprises pétrolières au détriment des citoyens. Les droits garantis par la Constitution restent souvent inappliqués, tandis que les sociétés opérant dans le bassin de Muanda échappent à la loi de 2015 sur les hydrocarbures. Elles continuent de bénéficier d’un cadre spécial hérité des conventions de 1969, assurant stabilité fiscale et juridique, mais au détriment des populations riveraines et de l’environnement.

Le volet socio-économique et la question de la rétrocession pétrolière ont également été soulevés par Alphonse Khonde. Il rappelle que l’expansion de l’exploitation pourrait accentuer une situation déjà critique : « La précarité à Muanda est incompréhensible. La pêche, activité centrale pour les communautés, est quasiment paralysée par la pollution. Quant à l’argent de la rétrocession, censé soutenir le développement local, il se disperse dans des circuits opaques, laissant les infrastructures essentielles comme l’eau et l’électricité largement déficientes. »

À en croire les ONG, la situation exige un engagement continu pour que l’exploitation des ressources naturelles au Kongo Central devienne enfin un levier de développement durable et de respect de la dignité humaine. « L’heure de la justice a sonné », concluent-elles, déterminées à poursuivre leur plaidoyer, en s’appuyant sur des données de terrain et une approche intégrée liant droits humains, environnement et développement communautaire.

Par kilalopress

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