Depuis le 23 mars 2026, la province du Kwilu a retrouvé la lumière. La centrale hydroélectrique de Kakobola, longtemps restée inactive malgré l’achèvement des travaux, alimente enfin des milliers de ménages à Kikwit, Gungu et Idiofa. Mais derrière cette inauguration se cache une polémique qui agite les réseaux sociaux et certains spécialistes du secteur : la centrale aurait été « vendue » à un opérateur privé pour une durée de 30 ans.
Depuis le 27 mars 2026, des publications accusent le gouvernement, la Première ministre Judith Suminwa et le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, d’avoir cédé l’infrastructure à des intérêts privés, certains parlant même de « scandale financier » et de « cadeau à des privés ». Si cette rumeur circule largement, il faut souligner qu’aucune preuve tangible ne confirme un transfert de propriété : l’État reste propriétaire et le contrat relève d’une concession / partenariat public-privé (PPP), mécanisme légal permettant à un opérateur privé d’assurer l’exploitation et la maintenance tout en investissant dans l’infrastructure. (Mediacongo.net)
Les autorités justifient le recours à une attribution directe (gré à gré) par l’urgence énergétique et le retard chronique d’électrification de la région. En 2025, le Kwilu comptait encore parmi les zones les plus défavorisées du pays sur le plan électrique, sans industries ni PME dignes de ce nom. Le recours au gré à gré est légal, selon la Loi n°10/010 du 27 avril 2010 et le Décret n°10/22 du 2 juin 2010, mais seulement dans des situations exceptionnelles comme une urgence ou une extrême nécessité. (ARMP RDC)

Le projet avait été initialement sollicité par le groupement Électricité du Congo-Hydrokwilu (EDC-HK) dès 2018, et la DGCMP avait donné son autorisation. Mais un audit juridique en 2024 avait conclu à une non-conformité avec la loi sur les PPP. Le dossier a été renvoyé au ministère des RHE pour réévaluation et ajustements, avant d’obtenir l’aval du Conseil des ministres et de la primature. Le financement, conjointement assuré par l’État et la Exim Bank of India, avait permis l’installation de trois turbines de 3,5 MW sur la rivière Lufuku, mais la centrale est restée inactive pendant près de huit ans pour des raisons financières et administratives. (Deskeco.com)
Aujourd’hui, un consortium privé — Mohan Energy Corporation-Power Structure Pvt Ltd — assure l’exploitation et la maintenance. Si le cadre légal est respecté, la durée de 30 ans de concession alimente néanmoins les suspicions d’un « cadeau aux privés ». Les documents officiels détaillant le contrat et la procédure de sélection ne sont pas encore publiquement accessibles, laissant planer un doute sur la transparence de l’opération. La loi sur les PPP de 2018, référence principale en RDC, exige que ces procédures respectent les principes de concurrence, de publicité et de traçabilité, même en situation d’urgence. (Loi PPP RDC)

Entre l’urgence d’électrifier une région longtemps laissée dans l’obscurité et la nécessité de garantir une transparence juridique complète, Kakobola cristallise les tensions. L’opération illustre ce dilemme classique : efficacité et rapidité contre rigueur et contrôle citoyen. Les faits sont là : la centrale fonctionne, l’électricité circule et l’État reste propriétaire. Mais la perception d’une concession longue, opaque, et potentiellement lucrative pour des privés alimente la controverse et mérite un examen attentif. L’inauguration marque certes une avancée pour le Kwilu, mais elle rappelle que chaque projet public-privé en RDC reste scruté sous le double regard de l’urgence sociale et du respect des règles de transparence.
Par kilalopress