Dans la nuit du 2 au 3 mars 2026, le silence des hauts plateaux de Lusinga, dans le territoire de Mitwaba au Haut-Katanga, a été brutalement rompu par une attaque visant le quartier général du Parc National de l’Upemba. Selon les informations relayées par plusieurs médias nationaux et internationaux, des présumés miliciens Maï-Maï auraient pris pour cible cette infrastructure stratégique de conservation, ravivant les inquiétudes autour de la sécurité des aires protégées en République démocratique du Congo.
Depuis Kinshasa, le réseau Congo Basin Conservation Society (CBCS-Network), membre de la Société Civile Environnementale et Agro-Rurale du Congo (SOCEARUCO), a officiellement transmis un communiqué aux plus hautes autorités du pays. La correspondance, référencée 015/CBCS/DP/2026, a été adressée à la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, avec copies au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à la Première ministre, aux responsables des institutions judiciaires et sécuritaires, ainsi qu’à plusieurs chefs de missions diplomatiques accrédités à Kinshasa.

Dans ce document, les organisations membres du CBCS-Network — qui se présentent comme un réseau sentinelle des écosystèmes du Bassin du Congo et regroupent mouvements de défenseurs environnementaux, organisations de jeunes, peuples autochtones pygmées et structures communautaires de base dites « amis de la nature et de la biodiversité » — disent exprimer leur « très grande préoccupation » face à l’attaque survenue au parc. Elles estiment que cet incident pourrait compromettre des efforts de conservation « d’importance mondiale » dans une zone qu’elles décrivent comme stratégique, à la fois pour la biodiversité du Bassin du Congo et pour ses importants gisements miniers liés à la transition énergétique.
Selon le communiqué, des écogardes auraient été touchés lors de l’assaut, qualifiés de « soldats de la nature » par les signataires. Des sources locales évoquées par le réseau font également état de la présence d’expatriés parmi les résidents de Lusinga qui auraient été emportés par les assaillants. À ce stade, ces éléments demeurent rapportés par la société civile et n’ont pas fait l’objet, dans le texte transmis, de confirmations officielles détaillées.
Les organisations signataires établissent un lien possible entre l’attaque et des intérêts susceptibles de viser la transformation de la zone en espace d’exploitation minière. Elles affirment craindre une manœuvre destinée à décourager les efforts de conservation dans cette partie du pays. Toutefois, ces hypothèses sont formulées comme des inquiétudes et non comme des faits établis.
Dans leur analyse, l’attaque met en lumière la vulnérabilité persistante des aires protégées congolaises, malgré la présence d’espèces emblématiques et leur rôle reconnu dans la stabilité écologique mondiale. Le Parc national de l’Upemba, vaste mosaïque de savanes, de forêts claires et de zones humides d’altitude, constitue un maillon clé de la connectivité écologique du sud-est congolais. Il s’inscrit également dans les engagements internationaux de la RDC en matière de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité.
Les signataires redoutent par ailleurs que cet événement n’affecte la coopération internationale en faveur des aires protégées, à un moment où les financements destinés à la conservation et à l’action climatique connaissent, selon eux, des tensions. Ils évoquent un risque d’atteinte à l’image du pays dans le cadre des partenariats publics-privés visant à développer le tourisme et les « business verts ».

Au-delà de la condamnation de « cette criminalité organisée », le réseau formule plusieurs recommandations. Il appelle le gouvernement congolais à fournir des efforts pour obtenir la libération immédiate des otages qui seraient sous l’emprise des assaillants, à ouvrir des commissions d’enquête indépendantes afin d’identifier l’origine des milices et les enjeux sous-jacents, et à collaborer avec les communautés locales et peuples autochtones dans cette démarche. Il demande également une prise en charge totale des familles des écogardes tombés. Au Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Lubumbashi, les organisations recommandent l’ouverture d’un dossier judiciaire à charge des auteurs présumés, la fixation rapide de l’affaire devant les juges et la gestion transparente du dossier, afin que les responsabilités pénales soient établies conformément aux lois de la RDC.
Au moment où ces lignes sont rédigées, selon les dernières informations parvenues à la rédaction de Kilalopress, douze agents auraient été retrouvés, y compris Madame Tina, ce qui constitue, selon les mêmes sources, un soulagement partiel dans une séquence marquée par l’incertitude. Ces données restent à consolider par des communications officielles détaillées. L’attaque de Lusinga rappelle, une fois encore, que la conservation en RDC ne se joue pas uniquement sur le terrain scientifique ou diplomatique. Elle se déploie dans des espaces où s’entrecroisent enjeux sécuritaires, ressources stratégiques et attentes des communautés riveraines. Dans ces territoires frontaliers entre biodiversité exceptionnelle et convoitises extractives, la protection de la nature demeure indissociable de la stabilité institutionnelle, de la justice et de la confiance publique.
Par kilalopress