À l’aube du mardi 3 mars, alors que les plateaux et savanes du Haut-Katanga s’éveillaient à peine, des coups de feu ont rompu le silence autour de Lusinga, quartier général du parc national de l’Upemba. Selon des sources concordantes, une attaque armée attribuée à des miliciens Maï Maï aurait fait au moins quatre morts. Le bilan, encore provisoire à ce stade, inclurait des éco-gardes en poste dans cette aire protégée stratégique du sud-est de la République démocratique du Congo.
D’après des informations recueillies auprès de plusieurs interlocuteurs locaux, l’assaut se serait produit vers 4 heures du matin. Les assaillants auraient pris pour cible Lusinga, siège administratif du parc. Dans les heures qui ont suivi, la zone aurait été désertée, et les liaisons téléphoniques seraient restées inaccessibles, rendant toute vérification indépendante particulièrement difficile. L’identité précise des victimes n’était pas connue au moment de la rédaction de ces lignes.
Contactée, la direction générale de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) a confirmé l’incursion, sans communiquer davantage de détails. Le quartier général de Lusinga abritait plusieurs éco-gardes ainsi que des expatriés, selon des sources proches du dossier. Aucune information officielle n’a filtré quant à leur situation exacte après l’attaque.
Créé en 1939 à l’époque coloniale, le Parc national de l’Upemba s’étend sur environ 1 773 000 hectares. Ce vaste ensemble d’écosystèmes – savanes herbeuses, galeries forestières, marais et plateaux – constitue l’un des réservoirs de biodiversité les plus emblématiques du pays. On y recense notamment le zèbre, l’antilope rouanne, l’élan du Cap, le bubale, le grand koudou, l’éléphant et le buffle. Au-delà de la richesse faunistique, l’Upemba représente un maillon essentiel des équilibres écologiques régionaux, à l’heure où la pression anthropique et les dynamiques climatiques redessinent les paysages du sud congolais.
Mais ces dernières années, l’aire protégée n’a pas échappé à l’extension des mouvements armés dans la région. À en croire certaines analyses sécuritaires, la multiplication des groupes Maï Maï et d’autres factions locales aurait contribué à une insécurité persistante dans plusieurs territoires du Haut-Katanga. Cette instabilité affecte non seulement les communautés riveraines, mais également les agents chargés de la conservation. Les éco-gardes, souvent en première ligne face au braconnage et aux intrusions, opèrent dans un environnement où la protection de la faune se superpose désormais à des enjeux sécuritaires lourds.
Des observateurs estiment que l’attaque de Lusinga illustre la vulnérabilité structurelle des aires protégées situées dans des zones à forte instabilité. La conservation y devient une mission à haut risque, exposant les personnels à des confrontations armées qui dépassent largement le cadre de la lutte anti-braconnage. Selon nos recoupements, certaines voix évoquent la nécessité de renforcer la sécurité du parc, notamment par le déploiement d’officiers du CorPPN, sans qu’aucune annonce officielle n’ait encore été formulée en ce sens.
Au-delà du bilan humain, encore incertain, l’incident interroge la capacité de l’État à garantir la protection simultanée des écosystèmes stratégiques et de ceux qui les défendent. Dans un contexte où la RDC met en avant son rôle central dans la régulation climatique mondiale grâce à ses forêts et à ses aires protégées, la fragilité sécuritaire de sites comme l’Upemba révèle un paradoxe préoccupant : la biodiversité la plus précieuse demeure parfois la moins protégée.
À Lusinga, le silence qui a suivi les détonations en dit long sur la complexité de la situation. Entre impératifs de conservation, réalités sécuritaires et enjeux socio-économiques locaux, le parc national de l’Upemba apparaît plus que jamais comme un territoire à la croisée des tensions un espace où la défense de la nature se heurte aux fractures profondes d’un environnement régional instable.
Par kilalopress