De Kinshasa à Addis-Abeba : la RDC valide son rapport genre 2025 et adopte une feuille de route pour l’inclusion foncière des femmes

Enjeux majeurs pour l’égalité en RDC ; la République démocratique du Congo franchit une étape décisive en validant un rapport stratégique sur l’intégration du genre dans la politique foncière nationale. Cette validation marque un tournant dans la reconnaissance des droits fonciers des femmes, au cœur des réformes législatives et sociales, avec pour objectif d’assurer un accès sécurisé à la terre pour toutes et tous. Entre avancées juridiques, défis coutumiers et mobilisation multisectorielle, la RDC pose les bases d’une gouvernance foncière plus juste et inclusive.

Addis‑Abeba, 22 juillet 2025 – Dans un atelier régional stratégique organisé par l’ALPC-CEA à Addis‑Abeba, la République démocratique du Congo (RDC) a officiellement validé son rapport d’évaluation sur l’intégration du genre dans la politique foncière nationale et la révision de la loi foncière de 1973. Cette rencontre a réuni représentants gouvernementaux, experts techniques, société civile et partenaires internationaux, autour d’un objectif clair : examiner les progrès accomplis, identifier les défis persistants et adopter une feuille de route robuste pour garantir les droits fonciers des femmes à travers le pays.

L’atelier de validation s’est tenu dans un contexte où la RDC poursuit des réformes cruciales en matière de gouvernance foncière, avec un accent fort sur l’égalité des sexes. Depuis 2014, la CEA, via son Centre africain pour les politiques foncières (ALPC), accompagne la RDC dans ses efforts pour promouvoir un cadre juridique sensible au genre. L’étude en cours visait précisément à analyser dans quelle mesure ces efforts ont influencé la politique nationale foncière et la révision de la loi de 1973. Si des avancées significatives ont été réalisées, notamment l’adoption d’une politique foncière intégrant la dimension genre, plusieurs lacunes demeurent, souvent liées aux réalités sociales et coutumières.

Présidée par docteur Joan Cuka Kagwanja, responsable de section à la CEA, la session d’ouverture a salué les progrès tangibles, tout en soulignant l’importance d’aller au-delà des politiques pour aboutir à une législation robuste et des instruments administratifs efficaces. « Il ne suffit pas d’avoir une politique. Il nous faut également une législation solide et des mécanismes concrets de mise en œuvre », a-t-elle insisté.

Le consultant national de l’ALPC et chef de la délégation congolaise, Floribert Nyamoga, a retracé le parcours remarquable de la RDC dans cette dynamique, rappelant que la Constitution de 2006 interdit formellement toute discrimination fondée sur le genre. « La Constitution sert de socle à tout l’édifice légal congolais : elle assure que les protections offertes par les principes constitutionnels s’appliquent dans l’ensemble de l’environnement juridique, et la Cour constitutionnelle est l’instance suprême chargée de juger de la conformité des textes à ce principe fondamental », a-t-il expliqué. Il a détaillé que les articles 11 à 14 prohibent explicitement la discrimination de genre et encouragent l’adoption de mesures spéciales pour l’avancement des femmes, tout en reconnaissant le droit coutumier soumis au principe supérieur de non-discrimination.

« Si les textes sont solides, l’enjeu majeur demeure leur application effective sur le terrain, notamment en zones rurales, où les pratiques coutumières patriarcales limitent encore l’accès des femmes à la terre », a averti Nyamoga. Il a insisté sur la nécessité d’une stratégie intégrée combinant communication multicanal, mobilisation communautaire et suivi-évaluation rigoureux pour ancrer les transformations.

Le Secrétaire général au Genre, Madame Esther Kamuanya Biayi, a réaffirmé l’engagement du ministère à intégrer le genre systématiquement dès la phase de conception des politiques publiques. « Le genre doit être un fil conducteur dans toutes les réformes nationales pour garantir un développement inclusif et durable », a-t-elle déclaré avec conviction. Elle a appelé à une mobilisation coordonnée des différents acteurs pour traduire les acquis juridiques en actions concrètes, notamment en zones rurales.

Sur la même lancée, Monsieur Boniface Makando Ngu, Secrétaire général des Affaires foncières, a confirmé l’implication ferme du ministère, sous la conduite d’une ministre d’État ACACIAS BANDUBOLA MBONGO, pour mieux encadrer les pratiques coutumières et faciliter l’accès sécurisé des femmes à la terre. Il a insisté sur l’importance d’une collaboration étroite avec les autorités locales et coutumières afin d’assurer une appropriation locale des réformes.

Maître Jacques Dilemba, expert à la CONAREF, a quant à lui rappelé que la question foncière en RDC est multidimensionnelle et nécessite un appui technique et financier soutenu. Il a mis en lumière le Plan foncier national 2022–2037, incluant un axe majeur dédié à la justice sociale et à l’équité. « Pour renforcer la place des femmes dans les prises de décision foncières, il est essentiel de leur offrir des formations adaptées », a-t-il souligné.

De son côté, Isabelle Munga, porte-parole du Réseau des femmes rurales, a partagé des témoignages poignants sur les obstacles rencontrés par les femmes dans les zones rurales, notamment en raison des normes coutumières persistantes. Elle a plaidé pour une meilleure vulgarisation des droits existants et une mobilisation nationale accrue. « Il est crucial de valoriser les textes légaux pour redonner confiance aux femmes et aux jeunes dans le secteur agricole », a-t-elle lancé, mettant en avant la nécessité d’incitations pour encourager la jeunesse à s’engager dans l’agriculture.

Les échanges ont été riches et francs, témoignant d’une volonté commune de dépasser les obstacles pour bâtir un cadre juridique et social garantissant une égalité réelle. Les participants ont unanimement insisté sur la nécessité d’une mobilisation multisectorielle, appuyée par une stratégie de communication sociale portée notamment par le ministère du Genre, et d’une transformation progressive des normes culturelles.

En fin de cette séssion, la validation collective des résultats et recommandations a confirmé un consensus autour des priorités et des orientations proposées. Ce moment a marqué une étape décisive vers une gouvernance foncière sensible au genre, assortie d’engagements clairs pour son déploiement effectif. Alex Diouf, membre de l’équipe technique chargée du suivi-évaluation, a confirmé la mise en place d’un cadre spécifique pour mesurer l’intégration du genre dans la gouvernance foncière. Il a indiqué que la RDC travaillera à consolider un cadre de référence solide, en phase avec les réalités du terrain.

Mme Joan Cuka Kagwanja a clôturé la session en saluant l’engagement des participants congolais et en rappelant que cette dynamique s’inscrit dans un cadre régional partagé avec d’autres pays africains, dont le Malawi, la Tanzanie et la Guinée. Elle a annoncé la poursuite des travaux par un module de renforcement des capacités, afin de transformer les acquis en actions concrètes et pérennes.

Par Franck zongwe Lukama

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