Beni : Insécurité, chute du prix du cacao et pressions administratives dénoncées par les négociants agricoles de Oïcha

Les membres de l’Union des négociants des produits agricoles au Congo (UNEPROAC), section d’Oïcha, ont évalué le 24 février 2026 une année 2025 marquée par l’insécurité, la baisse du prix du cacao et la multiplication des paiements exigés par des services de l’État. La rencontre s’est tenue à Oïcha, dans le territoire de Beni, lors d’une assemblée générale consacrée au bilan et à la planification 2026, selon des informations rapportées par un média local.

Venus d’Oïcha, de Beni, de Butembo et de Mambasa, les participants n’ont pas seulement partagé un calendrier ou des chiffres. Ils ont exposé, selon des sources présentes à la rencontre, les fractures profondes qui traversent aujourd’hui les territoires agricoles de l’Est de la République démocratique du Congo : insécurité persistante, pressions économiques et fragilisation croissante des petits opérateurs qui assurent pourtant la circulation des denrées vivrières et de rente.

Le président de l’UNEPROAC/Oïcha, Kakule Kikuthika Seth, n’a pas cherché à édulcorer le bilan. Selon ses propos rapportés lors de l’assemblée, l’année 2025 restera marquée par « la mort de plusieurs de nos membres à cause de l’insécurité, la chute du prix du cacao ainsi que la multiplicité des services de l’État qui sollicitent des paiements ». Un triptyque lourd de conséquences : des vies fauchées sur les axes agricoles, des revenus en chute libre pour les producteurs et négociants, et une pression administrative qui, d’après nos recoupements, s’apparente souvent à une fiscalité diffuse, peu lisible et rarement coordonnée.

Cette parole, au-delà du cas d’Oïcha, a trouvé un écho immédiat à Mambasa. Invité à la rencontre, le vice-président de l’UNEPROAC/Mambasa, Ismaël Moro, a expliqué être venu partager « les expériences liées aux difficultés que nous rencontrons également ». À en croire certains observateurs du secteur, cette convergence des récits dessine une géographie de la vulnérabilité agricole où les frontières administratives pèsent peu face à l’insécurité des routes, à la volatilité des marchés et à la faiblesse des mécanismes publics de protection des acteurs ruraux.

Dans cette salle, plusieurs autorités locales, des représentants des forces vives et des agents des services de sécurité ont écouté. Leur présence, notent des participants, contrastait avec l’absence remarquée de réponses structurelles aux problèmes soulevés. Car derrière la chute du prix du cacao, c’est toute la question de la régulation des filières agricoles et de la protection du petit paysan qui est posée. À qui profite cette volatilité ? Où sont les mécanismes publics capables d’amortir les chocs pour ceux qui vivent de la terre ?

La dimension sociale s’est aussi invitée dans les échanges. Kahindo Aurélie, responsable d’une structure féminine d’Oïcha, a encouragé les opérateurs agricoles à rejoindre l’UNEPROAC pour renforcer la solidarité et la défense collective des intérêts. Un appel qui résonne dans un contexte où, selon certaines analyses, les femmes restent en première ligne de l’économie agricole locale tout en étant les moins protégées face aux violences et à la précarité.

Mais la rencontre n’a pas éludé un sujet sensible : la sécurité interne du commerce agricole. Des mécanismes de vigilance ont été évoqués pour rompre toute complicité avec les réseaux criminels. Mathe Kilolo, membre de l’UNEPROAC en territoire de Beni, a averti que « toute personne surprise, preuves à l’appui, en train d’alimenter l’insécurité sera dénoncée aux services compétents ». Une déclaration lourde de sens dans une région où, d’après des sources locales, certaines filières ont été instrumentalisées par le passé pour financer des groupes armés ou écouler des produits issus du pillage.

Présente à travers son projet « Wapi Jiwe Langu Kwa Usalama Wa Mashariki Ya Kongo », l’organisation Ubuntu Panafrika a, de son côté, appelé à une responsabilité individuelle et collective des acheteurs et revendeurs. Son représentant a invité chaque opérateur à se demander : « Où est ma pierre pour la sécurité ? », une interpellation qui dépasse le slogan pour poser la question du rôle économique dans la pacification des territoires.

Reste une interrogation majeure, que cette assemblée a laissée volontairement ouverte et que notre rédaction choisit de porter au niveau national : que fait l’État pour protéger ceux qui nourrissent le pays ? Madame la Ministre de l’Agriculture, comment expliquer que, dans des territoires aussi stratégiques que Beni ou Mambasa, des négociants meurent sur les routes pendant que les prix s’effondrent et que les services publics se multiplient sans coordination apparente ? Où sont les politiques concrètes de sécurisation des filières, de stabilisation des revenus et de soutien aux petits paysans que l’on dit vouloir placer au cœur du développement rural ?

À l’inverse, l’initiative annoncée par le gouverneur en faveur des communautés locales et du petit paysan apparaît, selon plusieurs acteurs rencontrés, comme un signal politique attendu. Encore faudra-t-il qu’elle se traduise sur le terrain par des actes mesurables, cohérents et durables. Car à Oïcha, ce 24 février, les négociants n’ont pas réclamé des promesses. Ils ont demandé, calmement mais fermement, le droit élémentaire de travailler sans mourir, de vendre sans être rançonnés, et de participer à une économie agricole qui protège enfin ceux qui la font vivre.

Par kilalopress

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