L’exploitation minière illégale, impliquant notamment des sociétés chinoises, met en péril des espèces protégées dans le Parc national de la Maiko, à l’est de la RDC, malgré l’interdiction légale en vigueur. Selon des informations rapportées par Mongabay, cette situation persiste dans un contexte d’insécurité et de faiblesse de l’autorité publique, aggravant les pressions sur les écosystèmes et les communautés locales.
Aux confins de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu, le Parc national de la Maiko demeure l’un de ces territoires où la biodiversité congolaise se révèle dans ce qu’elle a de plus rare et de plus vulnérable. Dans ce massif forestier difficile d’accès survivent encore le gorille de Grauer, sous-espèce emblématique des plaines orientales, l’okapi, l’éléphant de forêt, le chimpanzé ou le pangolin géant. Une richesse biologique exceptionnelle, reconnue bien au-delà des frontières nationales, mais dont l’équilibre est aujourd’hui fragilisé par des pressions multiples qui s’installent à la faveur de l’instabilité persistante de l’Est du pays.
Selon nos confreres de mongabay https://fr.mongabay.com/2026/01/matthieu-mirambo-les-groupes-armes-vendent-les-terres-aux-chinois-dans-le-parc-national-de-maiko/, l’exploitation minière illégale s’est progressivement enracinée à l’intérieur même du parc. Des sociétés chinoises y sont signalées, alors que la législation congolaise interdit formellement toute activité extractive dans les aires protégées, en conformité avec les engagements internationaux ratifiés par la République démocratique du Congo. Dans un contexte marqué par la prolifération de groupes armés dissidents et l’affaiblissement de l’autorité de l’État, ces pratiques non réglementées trouvent un terrain favorable, avec des conséquences lourdes pour les écosystèmes.
Nommé Directeur du Parc national de la Maiko début 2025, Matthieu Mirambo hérite ainsi d’un site sous tension, à la fois sanctuaire écologique et espace convoité. D’après ses explications, l’attribution des titres miniers obéit, en théorie, à un cadre légal bien défini relevant du Cadastre minier. Mais sur le terrain, la réalité se révèle autrement plus complexe. Dans les zones reculées, des propriétaires terriens – les « colliniers » – concèdent officieusement des parcelles par convention, tandis que certains groupes armés vont jusqu’à vendre des portions de terre en échange d’argent ou de dons équivalents. Les exploitants chinois, affirme-t-il, ne présentent jamais de documents attestant l’origine de leurs titres, y compris lors d’interpellations.
Cette extraction clandestine n’affecte pas seulement le couvert forestier. Elle pénètre les rivières et les zones humides, où les espèces halieutiques figurent parmi les premières victimes, exposées aux produits chimiques toxiques utilisés pour le lavage des minerais. À mesure que la forêt est détruite, l’habitat des éléphants, des okapis, des pangolins géants, des gorilles de Grauer et des chimpanzés se fragmente. Les oiseaux, les reptiles et d’autres espèces moins visibles subissent la même pression. À cela s’ajoute la chasse pratiquée par les mineurs eux-mêmes, destinée à l’approvisionnement des sites d’exploitation, accentuant la raréfaction de la faune.
À en croire certaines analyses écologiques relayées par les gestionnaires du parc, les impacts dépassent largement la perte immédiate d’animaux ou d’arbres. L’activité minière illégale modifie la mosaïque d’habitats, génère une pollution sonore permanente, provoque des migrations forcées de la faune et, à terme, des phénomènes d’extinction locale. Les risques de zoonoses, l’intensification des conflits homme-faune, la déforestation contribuant au réchauffement climatique, ainsi que la chasse commerciale illicite et le changement de comportement des animaux face à l’homme, s’inscrivent dans une même dynamique de déséquilibre.
Face à cette situation, la riposte s’organise dans un environnement institutionnel et sécuritaire contraint. L’équipe de gestion du parc, sous l’égide de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), mise à la fois sur l’application de la loi et sur le dialogue. Des échanges sont engagés avec les propriétaires terriens, les exploitants de dragues, les leaders locaux et, dans certains cas, les représentants de groupes armés, en présence des autorités politico-administratives. La dénonciation documentée des cas d’exploitation illégale fait également partie des leviers mobilisés, même si leur efficacité dépend largement de la capacité de l’État à prendre le relais judiciaire.
L’exploitation minière n’est toutefois qu’une des nombreuses menaces pesant sur la Maiko. La chasse à l’aide d’armes de guerre ou de chasse, le campement et la circulation illicites à l’intérieur du parc, l’abattage du bois, l’usage de filets à petites mailles et de produits toxiques pour la pêche, l’élagage, l’agriculture et l’introduction d’espèces domestiques composent un faisceau de pressions quotidiennes. Pour y faire face, la direction du parc combine sensibilisation, vulgarisation de la loi sur la conservation, patrouilles de surveillance et procédures judiciaires. Lors de ces patrouilles, les écogardes procèdent aux arrestations, les personnes interpellées étant ensuite verbalisées par les Officiers de police judiciaire du parc avant d’être déférées devant la justice, selon la nature des infractions.
Mais les moyens restent limités. Les effectifs d’écogardes sont jugés insuffisants au regard de l’étendue du territoire à couvrir, et une partie du personnel approche de la retraite, ce qui pèse sur l’efficacité opérationnelle. La logistique est décrite comme inadéquate : manque d’infrastructures d’hébergement, de bureaux, d’espaces d’entreposage, absence de salle dédiée aux opérations et même de lieu de détention. Dans ce contexte, la conservation communautaire apparaît comme un relais indispensable. Si les communautés locales ne disposent pas encore de la formation nécessaire pour procéder à des arrestations, leur rôle dans la dénonciation est central. Elles s’appuient aussi sur des savoirs coutumiers, certaines espèces étant traditionnellement protégées par des interdits culturels, une base que l’éducation environnementale cherche à consolider.
C’est dans cette perspective qu’intervient l’accord de cogestion signé entre l’ICCN et l’ONG Fauna & flora international. Selon les termes présentés par les parties, ce partenariat vise le maintien des écosystèmes naturels et de la biodiversité unique du parc, tout en affirmant que l’avenir de la Maiko doit être pris en charge et dirigé par les Congolais eux-mêmes. L’accord reconnaît le lien étroit entre conservation, utilisation durable des ressources naturelles et droits des populations à des moyens de subsistance dignes. Il place la participation équitable à la prise de décision au cœur de la gestion, dans l’objectif d’améliorer à la fois l’efficacité environnementale et l’équité sociale.
Les deux institutions s’engagent à se soutenir mutuellement, conformément aux normes internationales, en intégrant explicitement les droits humains dans leurs actions de conservation. Le développement durable des communautés, le respect des droits et l’application de la loi y sont érigés en priorités, avec la volonté affichée de ne pas marginaliser les populations pauvres ou vulnérables dépendantes des ressources naturelles. À travers cette approche inclusive et centrée sur la communauté, estiment des observateurs du secteur, la Maiko tente de tracer une voie étroite : préserver un patrimoine écologique d’importance mondiale tout en tenant compte des réalités humaines et sociales d’un territoire longtemps laissé en périphérie de l’action publique. Dans ce parc où chaque clairière raconte à la fois la résistance de la forêt et les fragilités d’un État en crise, la conservation ne se résume plus à la protection d’espèces emblématiques. Elle devient un exercice d’équilibre, entre droit, sécurité, survie des communautés et sauvegarde d’écosystèmes dont l’effondrement aurait des répercussions bien au-delà des limites de la Maiko.
Par kilalopress