Kinshasa, 4 mars 2026 — La capitale congolaise accueillera du 9 au 11 mars un conclave consacré au Grand Kivu, un espace regroupant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema dans leur configuration antérieure au découpage territorial. L’annonce a été faite par l’abbé Jean Bosco Bahala, président de la commission stratégique de l’initiative, entouré de notables issus de ces provinces.
Placée sous le thème « Unité, paix et développement durable pour le Grand Kivu », la rencontre entend rassembler responsables politiques, chefs coutumiers, représentants de la société civile, opérateurs économiques, experts et membres de la diaspora autour des défis structurels qui pèsent sur l’Est de la République démocratique du Congo.
Au cœur des échanges figurera l’appropriation nationale et communautaire des Accords de Washington. Selon les organisateurs, ces accords — notamment dans leurs volets économique et de coopération — suscitent des attentes importantes parmi les populations du Grand Kivu, confrontées à l’insécurité chronique, à la fragilité institutionnelle et à la précarité des services sociaux de base. L’enjeu, pour les initiateurs du conclave, est d’éviter un débat purement polémique. Un comité scientifique a été constitué afin d’examiner de manière approfondie les dimensions politique, sécuritaire, économique et développementale des accords, avec l’ambition de produire des analyses argumentées et des propositions opérationnelles susceptibles d’alimenter l’action publique.
Dans une région marquée par l’abondance des ressources minières, forestières et agricoles, la question de la gouvernance environnementale s’impose en toile de fond. Les organisateurs indiquent avoir déjà réalisé une cartographie des potentialités écologiques, agricoles et minières du Grand Kivu, tandis qu’un recensement des compétences locales est en cours. Cette démarche vise à structurer une feuille de route capable d’orienter les politiques d’industrialisation, d’infrastructures et d’éducation en tenant compte des spécificités territoriales. Pour de nombreux observateurs, la transformation locale des ressources et l’encadrement rigoureux de leur exploitation constituent des conditions essentielles pour rompre avec les dynamiques de prédation qui alimentent à la fois la conflictualité et la dégradation des écosystèmes.
Au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, la pression sur les aires protégées, l’exploitation artisanale incontrôlée et l’insécurité persistante ont fragilisé les équilibres socio-environnementaux. Le Maniema n’échappe pas aux défis liés à la traçabilité minière et à la gouvernance forestière. Dans ce contexte, le conclave se veut une plateforme de repositionnement stratégique, où la gestion durable des ressources naturelles serait envisagée comme un levier de stabilisation et de relance économique.
La journée du 9 mars sera consacrée aux formalités administratives et à l’accréditation des participants. Les travaux de fond débuteront le 10 mars avec des panels consacrés à la paix et à la sécurité, des ateliers sur la gouvernance et le développement économique, ainsi que des sessions dédiées à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Des échanges sont également prévus avec des partenaires techniques et financiers, dans la perspective de mobiliser des appuis concrets.
Dans un contexte marqué par la poursuite du conflit armé dans l’Est du pays et par les tensions régionales, les organisateurs ont prévu un moment de recueillement interconfessionnel. Une cérémonie symbolique de deuil sera organisée en mémoire des victimes des violences, traduisant la volonté d’inscrire la réflexion stratégique dans une dimension humaine et mémorielle.
À l’issue des trois jours de travaux, les initiateurs ambitionnent d’adopter une déclaration finale assortie de recommandations précises. Celle-ci devrait servir de base à une feuille de route destinée aux autorités nationales et aux partenaires engagés dans les efforts de stabilisation et de développement du Grand Kivu. Au-delà des intentions affichées, l’attente majeure demeure celle de résultats tangibles : amélioration de la sécurité, relance économique, protection des ressources naturelles et renforcement de la cohésion sociale. Pour les populations concernées, l’enjeu dépasse le cadre institutionnel : il s’agit de restaurer la paix tout en posant les fondations d’un modèle de développement capable de rompre avec le cycle extraction, conflit et pauvreté qui marque durablement l’Est congolais.
Par kilalopress