À Kinshasa, l’atelier national de validation de la politique forestière nationale ouvre la voie à une gouvernance durable des forêts, durant trois jours, experts et partenaires vont réfléchir et proposer des recommandations pour sa mise en œuvre

Kinshasa, jeudi 2 avril 2026. L’Hôtel Béatrice accueille plus de trois cents participants venus de tous les horizons de la République démocratique du Congo pour l’ouverture de l’atelier national de validation de la politique forestière nationale (PFN). Sous le haut patronage de la Première Ministre et avec le pilotage direct de la Ministre de l’Environnement, du Développement Durable et de la Nouvelle Économie du Climat, cette rencontre marque, selon les autorités, « une étape décisive » dans la gouvernance forestière du pays.

Le cadre est impressionnant : ministres provinciaux, représentants de la Présidence et du Parlement, industriels du bois, associations d’exploitants artisanaux, ONG nationales et internationales, universitaires et représentants des communautés autochtones. Mais derrière cette apparente convergence d’intérêts, certaines questions méritent d’être posées. Comment garantir que la participation de tous ces acteurs ne reste pas formelle, qu’elle ne se limite pas à une validation de documents déjà largement conçus par des instances centrales ? À en croire des observateurs du secteur, l’efficacité réelle de tels ateliers dépend beaucoup de la capacité à intégrer les voix des communautés locales dans les décisions concrètes, au-delà des discours protocolaire et des sessions plénières.

Dans son discours d’ouverture, la ministre Marie Nyange Ndambo a rappelé l’importance des forêts congolaises : 170 millions d’hectares, soit 10 % des forêts tropicales mondiales. Elle a évoqué leur rôle dans la séquestration du carbone, la fourniture de produits forestiers et la génération d’emplois. Néanmoins, les données historiques sont plus nuancées. Malgré l’existence du Code forestier de 2002, la prédominance de l’informel, la faiblesse de la valeur ajoutée nationale et le manque de recettes publiques montrent que la réglementation seule n’a pas suffi à structurer le secteur. Le vrai défi réside dans la capacité du gouvernement et des partenaires à transformer ces textes en pratiques opérationnelles effectives sur le terrain, notamment dans des zones reculées où la déforestation illégale et l’exploitation non contrôlée persistent.

L’atelier, présenté comme inclusif, met en avant la diversité des participants. Mais il reste légitime de s’interroger sur la représentativité réelle : les communautés locales, pourtant directement impactées par les décisions forestières, disposent-elles de moyens équivalents pour influer sur les débats face aux acteurs industriels ou aux institutions internationales ? Les échanges en groupe thématique visent à intégrer leurs recommandations, mais l’équilibre du pouvoir dans ces discussions est crucial pour éviter que les amendements proposés par la société civile ne restent symboliques.

La secrétaire générale du ministère, Pascaline Mbangu Kikumbi, a indiqué que la PFN sera soumise au Conseil des ministres après intégration des amendements jugés pertinents. Cette démarche technique est nécessaire, mais elle soulève une question : le calendrier et les procédures permettront-ils une appropriation effective par les administrations provinciales et locales ? D’après certains experts, une validation formelle ne garantit pas que la politique sera appliquée de manière homogène sur l’ensemble du territoire, particulièrement dans les provinces où les capacités institutionnelles restent limitées et où la pression sur les ressources forestières est la plus forte.

L’atelier comporte néanmoins des éléments prometteurs. La plénière permet aux groupes de présenter leurs recommandations et d’enrichir le document final. Les discussions vont au-delà des simples amendements administratifs et abordent la gouvernance, la durabilité économique et l’inclusion des populations locales. Si ces recommandations sont correctement suivies, elles pourraient renforcer la légitimité de la PFN et sa capacité à répondre aux défis environnementaux et sociaux du pays.

En filigrane, l’enjeu dépasse la rédaction d’un document : il s’agit de traduire un consensus national en actions concrètes sur le terrain. La réussite de cette initiative dépendra autant de la volonté politique et de l’engagement des institutions que de la capacité à intégrer réellement les communautés locales et à encadrer les acteurs économiques. La PFN peut devenir un outil de transformation du secteur forestier, mais elle ne suffira pas à elle seule à résoudre les problèmes structurels qui minent la gouvernance forestière depuis des décennies.

Ainsi, ce premier jour d’atelier illustre à la fois l’ambition et les limites potentielles du processus : une mobilisation nationale sans précédent, mais dont l’efficacité réelle reste conditionnée par la mise en œuvre concrète et la capacité à faire coexister intérêts économiques, impératifs écologiques et droits des populations locales. Pour les observateurs et acteurs du secteur, la question centrale demeure : la PFN sera-t-elle un texte qui transforme réellement la gestion forestière de la RDC, ou un document de plus, beau sur le papier, mais fragile face aux réalités du terrain ?

Par Asani MUSUNGAYI

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