9 janvier 1977, commémoration des victimes du Nyiragongo à Goma

Il y a 49 ans, le volcan Nyiragongo a dévasté les environs de Goma en moins d’une heure, causant la mort de 600 à 2 000 personnes selon les rapports. Cette journée commémorative rappelle les risques persistants et l’urgence de renforcer la protection des populations exposées.
Source : archives et témoignages locaux

Il y a des dates qui ne se contentent pas de figurer dans les archives : elles continuent de peser sur les paysages, sur les mémoires et sur les choix politiques. L’année 1977 appartient à cette catégorie pour Goma et ses environs. Cette année-là, le volcan Nyiragongo, que beaucoup décrivaient déjà comme imprévisible mais familier, s’est brutalement rappelé à la vigilance des hommes.

En moins d’une heure, selon les récits concordants recueillis à l’époque, les parois du cratère se sont fissurées. De ces fractures a jailli une masse incandescente évaluée à des millions de mètres cubes de lave. Les estimations disponibles évoquent une vitesse supérieure à 60 km/h, voire davantage d’après certains rapports techniques ultérieurs. À une telle cadence, le temps humain n’a plus de prise : la fuite devient une hypothèse théorique, rarement une option réelle. Entre 600 et 2 000 personnes auraient perdu la vie en quelques dizaines de minutes, un chiffre qui, malgré l’écart des évaluations, dit déjà l’ampleur du désastre.

Presque un demi-siècle plus tard, ce drame continue d’interroger, non seulement par sa violence soudaine, mais par ce qu’il révèle d’un rapport fragile entre les sociétés riveraines et un territoire à haut risque volcanique. À en croire des observateurs du secteur environnemental, la catastrophe de 1977 ne fut pas uniquement un événement naturel extrême ; elle a aussi mis en lumière les limites criantes des dispositifs de prévention, d’alerte et de protection des populations dans une région pourtant identifiée depuis longtemps comme l’une des plus exposées au monde.

La mémoire collective, transmise par les survivants et les familles endeuillées, insiste sur la rapidité du phénomène et sur l’absence de marges de manœuvre. Mais elle soulève également une question plus inconfortable : qu’a-t-on réellement fait, depuis, de cette leçon ? Selon des sources locales et des spécialistes interrogés au fil des années, les promesses répétées de renforcement de la surveillance volcanologique et de protection juridique des populations se sont souvent heurtées à des réalités institutionnelles complexes, marquées par des moyens limités et des priorités changeantes.

La loi sur la protection des personnes face aux risques naturels, lorsqu’elle existe ou est invoquée, apparaît alors comme un texte souvent plus affirmé sur le papier que dans sa traduction opérationnelle. D’après nos recoupements, l’éruption de 1977 n’a pas seulement causé des milliers de morts ; elle a aussi ouvert un débat jamais totalement refermé sur la responsabilité des autorités, la place de la science dans la décision publique et le droit fondamental des citoyens à être informés et protégés. Un débat qui, à en croire certaines analyses, reste encore trop discret au regard des enjeux.

Car le Nyiragongo n’a pas cessé d’exister après 1977. Il domine toujours la région, surveillé, étudié, parfois redouté, parfois banalisé. Les villes se sont étendues, la pression démographique s’est accrue, et avec elle la vulnérabilité. Dans ce contexte, la commémoration ne peut se limiter à un rappel chiffré des victimes. Elle impose une lecture plus exigeante : celle d’un État et de ses partenaires confrontés à l’obligation de transformer la mémoire du drame en mécanismes concrets de prévention, de préparation et de protection juridique.

Rappeler 1977 aujourd’hui, c’est donc refuser que la catastrophe soit reléguée au rang d’accident du passé. C’est interroger, sans excès militant mais avec rigueur, l’effectivité des lois censées protéger les populations vivant au pied des volcans, et la cohérence entre les discours de résilience et les réalités du terrain. À défaut, préviennent des acteurs du secteur environnemental, la mémoire du Nyiragongo risque de n’être qu’un monument silencieux, alors qu’elle devrait rester un signal d’alarme permanent.

Par kilalopress

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