Alors que la Cour internationale de Justice s’apprête à rendre un avis consultatif sur les obligations des États face à la crise climatique, l’African Climate Platform, coalition panafricaine engagée pour la justice climatique, appelle à une reconnaissance juridique forte du lien entre dérèglement climatique et atteintes aux droits humains.
Pour ces acteurs, engagés de longue date dans la défense du climat et des droits humains sur le continent, cet avis pourrait constituer un tournant. Il ouvrirait la voie à une reconnaissance claire de l’impact du changement climatique comme une question de justice, et non simplement de gestion environnementale. L’ACP souligne qu’au-delà de sa portée symbolique, cet avis pourrait renforcer un autre recours stratégique en cours : une requête déposée devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), visant à faire reconnaître les responsabilités spécifiques des États et des acteurs majeurs de la crise climatique.
Dans leur déclaration, les membres de l’ACP expriment cinq attentes clés. D’abord, l’affirmation sans ambiguïté que les États sont liés par des obligations juridiques internationales — qu’il s’agisse de traités environnementaux, de droits humains ou du principe de responsabilités communes mais différenciées — les engageant à une action climatique urgente, équitable et fondée sur la science. Ensuite, la reconnaissance que les effets du dérèglement climatique — déplacements forcés, insécurité alimentaire, perte de revenus — constituent bel et bien des violations des droits humains fondamentaux, en particulier pour les populations vulnérables en Afrique. La coalition attend également de la CIJ qu’elle renforce le principe du pollueur-payeur, en insistant sur la responsabilité des États et des entreprises à fortes émissions dans le financement de l’adaptation, des réparations pour pertes et dommages, et d’une transition juste pour les pays du Sud. En outre, une reconnaissance formelle des droits des générations futures donnerait une base solide aux revendications portées par les jeunes Africains en matière de protection de leur avenir écologique et socio-économique. Enfin, l’ACP espère que l’avis de la CIJ pourra servir de socle juridique à une montée en puissance des contentieux climatiques à l’échelle continentale, en renforçant la capacité des tribunaux africains à demander des comptes aux États et aux acteurs transnationaux.
Même si cet avis reste consultatif, son autorité morale et juridique pourrait influencer durablement les politiques climatiques mondiales. L’ACP appelle les dirigeants africains, l’Union africaine et la communauté internationale à en tenir compte pour enclencher une transformation systémique, alignant enfin les cadres juridiques, politiques et scientifiques au service d’un futur vivable. « Ce jugement peut devenir un catalyseur pour un sursaut global », conclut la déclaration. L’African Climate Platform se dit prête à mobiliser cette décision dans sa lutte pour une justice climatique effective, aussi bien sur les scènes judiciaires régionales qu’internationales.
Par kilalopress